Trahison
Honteux, le mot est faible. Monstrueux, preuve supplémentaire d'un cynisme sans limite, indigne, pitoyable pour ce qu'il reste de l'image de "la plus grande démocratie du monde", voilà comment il faut qualifier l'accord Trump - Poutine annoncé le 9 octobre et visant la livraison immédiate de 300.000 t de gazole russe au marché américain (et mondial). L'objectif affiché comme une victoire par le locataire de la Maison Blanche est d'obtenir avant le 3 novembre, date des élections de mi-mandat, une baisse des prix du diesel (le gallon est à 6,78 dollars contre 3,67 il y a un an) pour soulager les "merveilleux agriculteurs et camionneurs américains", électeurs républicains déçus par la politique de Trump. Cette livraison d'urgence serait suivie d'autres susceptibles d'atteindre au total cinq millions de tonnes. Pour limiter la casse électorale annoncée, Trump est donc prêt à n'importe quoi, y compris à prétendre que la hausse des prix du diesel est de la faute des Ukrainiens, alors que tout le monde sait qu'elle est consécutive à la guerre lancée par lui-même contre l'Iran, avec le blocage du détroit d'Ormuz qui s'en est suivi. En prenant une telle décision, au mépris des sanctions occidentales contre Moscou, votées par le Congrès américain, au moment même où les Russes bombardent non seulement les infrastructures (pas seulement énergétiques) ukrainiennes, mais systématiquement la population civile, Trump suscite un sentiment de trahison. Non content d'offrir un ballon d'oxygène à Poutine pour l'aider à financer sa guerre, il appelle l'Ukraine à changer de président ! Pour faire bonne mesure, il annonce une "trêve énergétique" - chaque pays s'engageant à ne pas s'attaquer aux installations de l'autre - que la Russie a déjà violée. Ce cynisme absolu lève tout doute qui pourrait subsister sur l'urgence pour les Européens à se doter des moyens de leur défense. En commençant par soutenir mieux encore l'Ukraine pour sa défense anti-aérienne et par étendre les sanctions contre le Kremlin. Il n'est pas certain que l'état des raffineries russes permette de livrer des volumes de gazole promis à Trump, mais il serait plus important encore que le comportement de ce dernier suscite une vraie solidarité et une mobilisation européennes.





