À l’Est, du nouveau
À l'Est, rien de nouveau ? En inversant l'orientation figurant dans le titre du célèbre roman d'Erich Maria Remarque, la réponse qu'inspirent les récents événements en Europe de l'Est serait au contraire positive. En Serbie, lors des élections du 25 octobre dernier, une liste élaborée et ardemment soutenue par les étudiants a balayé (52,5 % des voix contre 39,3 %) la coalition de Vucic, au pouvoir depuis quatorze ans et disposant du contrôle total des institutions du pays, de celui d'une bonne partie de l'économie et des medias. Les étudiants serbes ont réussi cet exploit inimaginable il y a deux ans en s'appuyant sur la révolte d'une grande partie de la population contre le clientélisme et la corruption, directement en cause dans l'effondrement de l'auvent d'une gare qui a tué 16 personnes. Parties de province, les manifestations ont irrigué tout le pays, puis les étudiants se sont attachés à susciter une prise de conscience, à travers de nombreux débats, avant de fédérer largement autour d'une liste de personnalités compétentes de la société civile, sans y participer eux-mêmes. En Hongrie, selon un processus différent, P. Magyar, lui-même dissident du parti conservateur au pouvoir, a écarté le très autoritaire et illibéral V. Orban par une large victoire électorale il y a six mois, non sans avoir suscité la contribution de la société civile. En Roumanie, marqué par les campagnes de fake news orchestrées de Russie et qui ont conduit à annuler les résultats d'un scrutin présidentiel, le pays se mobilise pour "la protection de l'espace informationnel". En Albanie, les manifestations contre la corruption exigent le départ du premier ministre. La France n'est pas la Serbie mais la défiance des citoyens à l'égard de l'Etat et des "élites" s'y aggrave depuis plusieurs décennies. Chacun sent bien qu'il ne suffira pas de changer de tête ni d'éliminer les élites pour rétablir la confiance. Pour reconnecter des dirigeants élus au terrain, sans doute faut-il que la société civile s'organise, à l'image d'initiatives comme l'assemblée citoyenne promue par J.Marc Jancovici ou la convention pour la démocratie réunie à Lille début octobre pour la première fois. On ne peut se contenter de critiquer, il faut débattre et proposer. A cette condition seulement, à l'Ouest aussi il pourra y avoir du nouveau.




Le « bouclier de sécurité » de la Région toujours menacé
